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  • Julie pour S&R

Violences gynécologiques et obstétricales : la parole se libère, les faits sont étayés : agissons.






Depuis l’apparition du #PayeTonUtérus en 2014, la parole s’est (un peu) libérée au sujet des questions des actes sexistes durant le suivi gynécologique et obstétrical.


Actes sexistes ou violences ? Tout d’abord de quoi parle-t-on ?


Selon le rapport du Haut Conseil à l’Égalité (HCE) de juin 2018, les « actes sexistes durant le suivi gynécologique et obstétrical » peuvent être classés en 6 catégories :

  • non prise en compte de la gêne de la patiente, liée au caractère intime de la consultation ;

  • propos porteurs de jugements sur la sexualité, la tenue, le poids, la volonté ou non d’avoir un enfant, qui renvoient à des injonctions sexistes ;

  • injures sexistes ;

  • actes (intervention médicale, prescription, etc.) exercés sans recueillir le consentement ou sans respecter le choix ou la parole de la patiente ;

  • actes ou refus d’acte non justifiés médicalementviolences sexuelles : harcèlement sexuel, agression sexuelle et viol.

On notera que le rapport du HCE avait été commandité au sujet des violences gynécologiques et obstétricales et qu’il a changé d’intitulé au moment de sa publication. Il est intéressant de constater que la formulation « actes sexistes » est utilisé dans le titre et le résumé mais que le contenu du rapport et les annexes n’ont pas été modifiés et la terminologie « violences gynécologiques et obstétricales » reste employée. Nous préférons parler de violences, car c’est ainsi que ces actes sont perçus par les femmes, n’en déplaisent au corps médical soucieux de sa réputation ou l’opinion publique.

Quel que soit son titre, ce rapport très détaillé et sévère du HCE est porteur de solutions. Il propose 26 recommandations, articulées en 3 axes :

  • Reconnaître l’existence et l’ampleur des actes sexistes, dont certains relèvent des violences, dans le cadre du suivi gynécologique et obstétrical

  • Prévenir les actes sexistes relatifs au suivi gynécologique et obstétrical

  • Améliorer et faciliter les procédures de signalements et condamner les pratiques sanctionnées par la loi.

Ce rapport du HCE est complété par un rapport de la commission sur l’égalité et la non discrimination du Conseil de l’Europe (sept. 2019, rapport Blondin.)

Le diagnostic est donc établi, un traitement proposé : désormais, il faut simplement une volonté politique pour donner l’impulsion nécessaire pour mettre en œuvre les mesures de sensibilisation et de prévention, une meilleure application de la loi du 4 mars 2002 (loi Kouchner) qui renforçait déjà les mesures visant à favoriser le consentement éclairé des patientes et l’application de sanctions en cas de dérives.


A ce stade pourtant, peu de choses ont réellement bougé. Le collège national des gynécologues et obstétriciens français a certes publié une charte. C’est un début mais encore faudrait-il qu’elle soit réellement mis en œuvre.

Le chemin est encore long, c’est pourquoi Social&Républicain insiste dans son manifeste pour mettre fin à ces violences et actes sexistes et respecter les patientes et patients.

Et si vous pensez qu’il s’agit d’un sujet mineur ou isolé, nous avons rassemblé ci-dessous quelques courts témoignages uniquement auprès des adhérentes de S&R, certains évoquant des souvenirs traumatisants, d’autres seulement désagréables mais tous soulignent la nécessité d’améliorer la prise en charge gynécologique et obstétricale en France. Et plus généralement, dans le domaine médical, psychiatrique ou psychologique, un accompagnement respectueux des patients est impératif.


Camille* : Depuis que je vis en Belgique, suivie par un gynécologue belge, je me rends compte à quel point l'approche est attentionnée et à l'écoute des femmes et des couples ici, bien plus qu'en France. Le consentement est demandé pour chaque acte, les projets de naissances sont respectés et même d’un point de vue administratif, la diversité des couples est prise en compte, avec l’utilisation du terme de co-parent et non de « père » et « mère ».


Camille* : J'avais 14 ans et je consultais pour la première fois une gynécologue (celle de ma mère), pour des règles erratiques et douloureuses. A peine entrée dans le cabinet, la gynécologue me dit "J'imagine que vous venez pour la pilule ? C'est ce que veulent toutes les filles de votre âge". Cela m'avait profondément choquée, n'ayant absolument pas cette problématique en tête, jeune fleur blanche que j'étais !


Manon* : Pendant ma grossesse, on m’a découvert un kyste ovarien. Mon gynécologue, un peu en panique, pense que c'est un cancer. Il me fait faire des analyses et une IRM d'urgence à 3 mois de grossesse dans un grand hôpital (privée) de la région parisienne. Après l'IRM, encore nue sous ma blouse, le gynécologue de ce grand hôpital me dit " C'est de l'endométriose votre kyste et vous en avez un peu ailleurs aussi. C'est étonnant que vous ayez réussi à avoir un enfant. Vous aurez sûrement des difficultés pour le prochain. Je ne peux pas vous dire si cela aura un impact sur votre grossesse. Vous avez des questions ? ". J'étais tellement sous le choc que j’ai juste répondu : je ne comprends pas je n'ai pas eu de problème. Il m'a simplement répondu : « c'est bizarre » et est parti....


*Victoire : je garde un souvenir très désagréable d’un rendez-vous chez une gynécologue qui m’avait accueillie très froidement et avait procédé à un examen s’apparentant plus à un contrôle technique de véhicule qu’à un examen médical. Lorsque je lui avais indiqué avoir mal, elle avait soufflé en me disant que j’étais bien douillette et qu’il suffisait que je respire. Rien de traumatisant mais je ne suis plus retournée la voir, et par la suite j’ai trouvé un gynécologue aimable, efficace et dont je ne ressortais pas de la visite en ayant mal.


Jeanne* : Lors de mes démarches pour une IVG, au cours de l’échographie visant à dater avec précision ma grossesse, l’échographe m’a fait écouter les battements du cœur du fœtus, en m’indiquant que j’avais intérêt : « à bien réfléchir ».


Jeanne* : Mon accouchement durait un peu trop longtemps, j’ai dû être emmenée au bloc opératoire en urgence pour une césarienne. Lors de l’incision, la douleur était insoutenable. J’ai dit que j’avais très mal. L’anesthésiste m’a d’abord répondu : « c’est impossible, je viens de vous remettre de l’anesthésique dans la perfusion ». J’insiste un peu, beaucoup, j’ai vraiment mal. L’anesthésiste finit par se rendre compte que ma perfusion était bouchée.


* à leur demande, les prénoms ont été modifiés.



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