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  • Julie Poirot

Où va l'argent des pauvres?

Dernière mise à jour : 8 mai 2022

Cette question entendue au détour d’une émission de radio est le titre d’un livre passionnant d’un sociologue, Denis Colombi, dont je vous recommande vivement la lecture.

C’est l’ironie absurde de ce titre qui m’a interpellée et m’a poussée à acheter et lire cet ouvrage. A l’un des membres de Social&Républicain qui me demandait de but en blanc « Alors, tu l’a lu ? C’est quoi la réponse ? », ma première réaction a été la suivante : « La réponse, c’est qu’on s’en fout ! ».


Car l’objectif de ce livre va bien au-delà d’une simple description de la gestion du budget des ménages d’une famille pauvre. Comme l’indique le sous-titre de l’ouvrage : « Fantasmes politiques, réalités sociologiques », cette synthèse érudite mais très accessible nous offre une synthèse des travaux de sociologues, d’associations, de journalistes qui ont travaillé sur la pauvreté avec pour objectif de nous affranchir du regard moralisateur que nous pouvons tous avoir sur les pauvres et la façon dont ils gèrent leur maigre budget.


Ce livre nous aide ainsi à surmonter nos préjugés (positif ou négatif) sur la question de la pauvreté pour tenter de comprendre la rationnalité derrière des comportements observés chez une population qui a peu de moyens. Ce qui parait irrationnel et que nous regardons d’un œil perplexe est en réalité facilement explicable.


La lecture de ce livre nous permet donc de prendre du recul sur les débats stériles qui reviennent régulièrement sur le devant de la scène médiatique comme la lutte contre la fraude sociale, les dépenses de l’allocation rentrée scolaire ou encore les émeutes du Nutella. L’auteur explique, études et exemples nombreux à l’appui, les efforts de gestions et plannification considérables mis en œuvre par les familles pauvres en permanence et ce malgré les injections contradictoires et violentes.


Il donne des exemples qui interpellent : oui, avoir un smartphone est un moyen très économique pour effectuer des démarches administratives, garder le contact avec ses proches, avoir accès à internet sans faire l’acquisition d’un ordinateur ni prendre un abonnement très coûteux. Remplir son congélateur après une rentrée d’argent est une forme d’épargne. Emmener les enfants au fast food ou leur acheter des habits de marque constitue un moyen relativement économique de leur faire plaisir et ainsi de se conformer aux normes de la bonne parentalité. Ne pas payer son loyer en décembre et attendre la lettre de relance de janvier permet pour faire face à des dépenses plus urgentes et que l'on ne peut repousser – les cadeaux des enfants – : ce n'est pas une erreur de gestion, mais une maîtrise habile des règles du jeu.

L’auteur nous rappelle cette évidence : « la pauvreté, c’est la pauvreté ». Je vous vois, dubitatif, derrière votre écran penser « quoi, 350 pages pour ça ? »… Oui ! La pauvreté, c’est simplement le manque d’argent, il n’y a pas d’autres explications ou de déficience particulière à aller rechercher. Les pauvres sont des gens comme les autres, ni meilleurs ni pires. Il est donc impératif de sortir de cette obsession malsaine des classes aisées qui ne cessent de juger les pauvres et la façon dont ils gèrent leur argent.


L’auteur se penche également sur les politiques sociales et d’assistance dont souvent, malheureusement, les objectifs sont essentiellement de rendre les pauvres employables ou éviter qu’ils ne deviennent dangereux. La quantité d’argent allouée aux pauvres est celle qui permet tout juste d’atteindre ces deux objectifs, sans jamais que ces politiques d’assistance ne soient jugées sur leurs efficacité à réduire effectivement la pauvreté. Le dogme sous-jacent et très répandu, notamment en politique, est en effet que les pauvres devraient se contenter de peu.


Pourtant, en conclusion de l’ouvrage, l’auteur nous rappelle qu’il existe un moyen simple pour réduire la pauvreté : il suffit de donner de l’argent aux pauvres.

En résumé, ce livre salvateur tord le cou aux idées reçues sur la pauvreté et nous incite à la tolérance. Une bonne idée de cadeau de Noël à offrir pour alimenter de façon plus constructive les débats politiques que vous pourriez avoir lors des repas de famille de fin d’année ??

Et si vous n’avez pas le temps de lire ce livre, ou si vous hésitez encore avant de vous le procurer, je vous conseille cette interview de l’auteur.


Julie POIROT

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